On entre dans la chambre par un couloir qui n’a de cesse de ronronner par échos des soupirs. On y entre presque sans bruit, en sachant se prendre les mains et déjà se donner quelques baisers. On glisse a l’intérieur un œil et on se laisse attraper par ce qu’elle réserve. Ce n’est pas un palais d’orient, ni un harem ou l’unique cerbère aurait été l’armoire qui trône en son fond; Non un lieu presque petit, un lieu presque banal mais dont les murs donnent l’envie d’un voyage, une invitation a l’abandon. Un lit couvert d’une étoffe jaune s’imprime sur les rétines, voyant et évident, un miroir enchanteur, une fenêtre aveugle, quelques drapés sur un mur rouge pourpre. Peu de secrets y attendent la porte franchie mais ici, entre les cloisons: un théâtre d’ombres. Des ombres fragmentés mais distinctes, a peine éclairées par la nuit envahissante. Ici ou la, entre deux morceaux d’images on distingue sur le reflet cristallin d’un mur rouge aux reflets oranges, des mains qui se glissent, des bouches qui se cherchent, des envies qui se devinent. On s’avance un peu maladroit, en son ceint presque hésitant et avec quelques maladresses puisque l’impératif de se mettre nu l’emporte, puisque les peaux ont le pressant désir de se toucher.
En entrant on attend des « oui » susurrés, des acquiescements non dits qui sont si évidents, ils viennent discret sans parole: tout a déjà été parlé. La, peu importe ce que l’on abandonne, puisque tout y sera vrai, sans détour même si parfois il en résulte quelques faiblesses. L’intimité naissante comme exigence, les distances qui s’effondrent par nécessité sur la couche ou tant de fois l’union fut proclamé. Une exigence et une nécessité a contrario en liberté, en désir et en pulsion. Ce n’est au tout début que huit mains qui flottent dans l’apesanteur, puis qui s’étreignent un peu hasardeuses, puis qui s’approchent plus avant, puis qui se mêlent avant de renoncer a la pudeur. Les barrières cèdent l’une après l’autre, presque toujours.

Il n’y a durant ces temps, trop court, aucune tricherie, aucun fard, aucun encours, Un camaïeu silencieux, mosaïque d’une quête de glissement et de sensualité. Si ce n’est la résonance d’une jouissance en court, ou le feulement d’une amante ou d’un amant, il y a le bruissement des corps en mélange prisonnier du sol au plafond, du mur au mur. On se goutte, on se respire, on se voit, on s’effleure, on se donne, comme si cela pouvait être la dernière fois.

A la lueur des bougies qui vacillent une dernière fois, anémiques d’avoir accompagnées de leurs éclats cet instant, je place un voile discret sur la tourmente qui m’a fait vaciller.

Catégorie : Nos rencontres  Tags : , ,
Vous pouvez vous abonner et suivre les commentaires ici : RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou encore un trackback sur votre site.
23 confessions
  1. Quel texte splendide, tout en petites touches pleines de grâce et de réserve, transpirant le désir et l’émotion ! Merci de ce partage !

    [Reply]

  2. Miss Anis dit :

    Je lis et relis votre texte cher X, d’abord je dois vous dire qu’il me touche par la façon dont vous exprimer ce moment et aussi parce que et vous me semblez troublé…
    Votre titre m’interroge également car il signifie mélancolie et tristesse.
    Et pourtant y a beaucoup d’amour dans ce récit, je ressens la scène, l’ambiance et chaque détail que vous décortiquez comme pour figer l’instant, on pourrait presque sentir la chaleur qui s’en dégage, presque les odeurs…
    Les rencontres sont parfois si surprenantes même lorsque tout est programmé, la sensualité des êtres ne se révèle vraiment qu’au moment du don de soi.
    Souvent on les revoit et ça tombe dans le fade et puis il y existe des êtres magiques, elfes, fées…à chaque fois la dimension est toute autre.
    On va vers la rencontre et on imagine ce qu’elle pourra nous offrir et on est dérouté, on perd ses valeurs et ses idées toutes faites.
    Parce que devant des êtres vrais, il n’y a plus de tricherie, on et nus dans l’âme et c’est encore plus grand…
    C’est presque à pleurer tant l’émotion est intense et rares sont ceux qui auront le privilège de vivre cela.
    Ne sachant pas si l’histoire nous donnera des encore il faut vivre pleinement l’instant, il nous laissera des marques indélébiles.
    Vous avez bien raison de croire que ça pourrait être la dernière fois, car, rien n’est écrit, jamais…
    Faites nous rêver encore, votre tourment est si bon…

    [Reply]

    Oxanne Reply:

    Je suis d’accord avec toi si cela se passe dans le privé mais en club, je n’y ai pas vu aucune magie.

    [Reply]

  3. Bougrenette dit :

    Sublime vague à l’âme.

    [Reply]

  4. doigt de miel dit :

    Magnifique texte :-)
    Et souvent cette impression de toucher du doigt l’essence de ce qu’est le libertinage en vous lisant :-)
    Bises

    [Reply]

  5. Ashtarte dit :

    Séduite … je rejoins tout le monde et ne peut que redire ce qui est dis ce texte est tout simplement magnifique.
    Je vous embrasse.

    [Reply]

  6. LO dit :

    Emue, troublée par ce magnifique texte.
    Emue car j’y retrouve certains ressentis … qui me permettent d’entrer, de vivre ce vague à l’âme en  » profondeur « .
    Troublée car ces ressentis mis de côté … des bruissements … puis des chuchotements, des soupirs … les accords des corps qui se transforment en douce mélopée.

    Bisous tendres
    LO

    [Reply]

  7. Selina dit :

    Tant de couleurs dans ces silences feutrés… le comment et le pourquoi la vie peut devenir poétique, même dans ces moments-là…

    [Reply]

  8. 502 dit :

    C’est un très joli texte.
    J’aime énormément le « tout a déjà été parlé » qui signifie pour moi plein de choses.

    [Reply]

  9. Ce texte est troublant de sensations et m’a mise en émoi
    surtout avec cette phrase « comme si c’était la dernière fois »
    Un moment magique, éphémère et totalement magique
    car même si les éléments se répètent, il reste unique

    [Reply]

  10. LO dit :

    J’ose pousser la porte car je crois avoir compris qu’ici la chaleur amicale est omniprésente …
    Je crois que je peux avouer qu’affalée dans mon canapé je pensais à vous deux à cause du  » Vague à l’âme » …
    Un état qui peut nous frapper pour diverses raisons … nous emportant dans une confusion de sentiments, de ressentis … qui met le coeur au bord des lèvres et embue les yeux …
    En fait, je ne suis même pas certaine qu’en ce qui me concerne ce ne soit pas un ch’tit coup de blues …
    Tendrement, pensées douces …
    Bisous de LO

    [Reply]

  11. VéroPapillon dit :

    Très beau texte émouvant…
    « un voile discret sur la tourmente qui m’a fait vaciller », ben moi aussi je vacille en lisant.
    Bises de papillon

    [Reply]

  12. Jill dit :

    Pourquoi l’avoir ainsi nommé ? … je reste perplexe sur la fin … « je place un voile discret sur la tourmente qui m’a fait vaciller ».
    Mais rien que d’avoir pu graver ces instants reste en soi un merveilleux souvenir. Ça ne se revit certes pas forcément deux fois mais chaque moment a sa magie, son intensité & il est bon de garder en nous ce qui nous touche ainsi. Humain & touchant. Bises – on vous souhaite d’autres moments intenses & sincères. Bises à vous 2.

    [Reply]

  13. Elise et Marc dit :

    Un texte flamboyant de sensualité que le regard  » boit » littéralement mais qui a aussi la particularité de vous imprégner de toutes parts.
    Beaucoup d’émotion également où l’on a l’impression de toucher à l’évanescence de la vie dans ce qu’elle a de plus merveilleux mais aussi de plus fugace.
     » Peu importe ce que l’on abandonne » dans cet ultime où seul l’être affiné vibre de tous ses éclats comme une étoile avant de s’éteindre.
    Les chants les plus beaux sont les plus désespérés et pour avoir écouté ta voix on se sent à la fois magnifiquement éternels et inéluctablement mortels…
    Une lame surgie du fond de l’âme et cette larme perlée au coin des yeux pour se souvenir…
    Tendresses à vous deux
    Elise
    E&M

    [Reply]

  14. X-Addict dit :

    @CUI:
    Un compliment qui me touche …

    @Miss Anis:
    Comme vous avez raison les marques sont indélébiles. Ce texte est presque adressé uniquement a deux êtres et il ne m’a pas été facile d’en traduire les émotions si complexes. Un mélande a la fois doux et abruptes. Un instant en tout cas précieux et rares pour que nous en gardions une marque pour longtemps.
    J’essaierai alors de vous faire rêver un peu, avec tendresse Miss Anis.

    @Bougrenette:
    Merci :P

    @Doigt de Miel:
    Je ne sais pas si c’est cela le libertinage, mais c’est une tranche de vie riche.

    @Asharte:
    Je vous embrasse aussi, et tes éloges me touchent m’dame.

    @LO:
    Dans ce petit texte je voulais donner l’essentiel de ce que j’avais pu ressentir. Il me semble que j’y ai réussi. Tout cela est parfois si complexe et si beau.
    Bisous LO.

    @Selina:
    Finalement surtout dans ces moments la …

    @502:
    Je me demande si ce n’est pas une expression que j’ai lu ou si elle est venue spontanément.
    Pourtant c’est bien cela que je voulais traduire.

    @Multi-Sourire:
    Rien n’est écrit, et je ne sais si cela sera un ultime ou non. Mais le magique sans aucun doute.

    @LO:
    Le blues oui un peu de cela ! Des réminiscences de sentiments contraires mais si doux.
    Pensés sans vague a l’âme LO.

    @VéroPapillon:
    Bougez pas Papillon je vous rattrape.

    @Jill:
    Chère Jill, même si vous lisez entre les lignes laissez moi un peu de pudeur pour ne pas tout dire.
    Comme vous avez raison, il faut savoir garder ses moments intenses et divins quelque part.
    Je vous embrasse.

    @Elise et Marc:
    Chers Beaux amants,
    Les sentiments et les émotions sont parfois si intenses qu’elles ressemblent a quelque chose de déjà disparu. La fugacité et l’intensité, peuvent avoir une dimension mélancolique.
    Merci de votre témoignage.
    Pensés a vous deux.

    [Reply]

  15. Gicerilla dit :

    Si je vous dis « quel beau texte » j’aurais tout dit et je n’aurais rien dit. Rarement un de vos textes ne m’a paru si abouti, avec la forte charge d’émotions qu’il renferme. Alors Pour une fois je ronronnerai avec les loups et je me joins à leurs louanges.

    [Reply]

  16. Oxanne dit :

    Tu me ferais presque croire que les clubs sont des lieux enchanteurs emprunts de douceur et de sensualité. Très joliement écrit ça donne envie d’y retourner pour vérifier.
    Baisers à partager

    [Reply]

  17. waid dit :

    je me suis vécu dans cette piece l’instant de cette lecture , transporté par tes mots mon coeur s’est mis à vibrer et mes yeux chercher les corps enlacés , bravo pour ce voyage sensuel et voluptueux

    [Reply]

  18. Bern Hart dit :

    Cher ami,
    Ce sublime texte me rappelle quelques échanges récents et un mot lancé en conclusion : philosophe.

    La pensée n’est pas unique, elle est changeante et domine souvent le corps.
    Tes mots sont vrais, forts, porteurs et laissent place au futur qui n’est jamais écrit d’avance… parfois des vagues mais aussi des feux d’artifice…
    Amicalement à vous deux.

    [Reply]

  19. Foldenvy dit :

    Quel bonheur de revenir après de longs mois. Quelle joie de vous lire à nouveau. Biz

    [Reply]

  20. 97 dit :

     » tandis que je divague, je laisse un espoir vague me laisser entrevoir, cette fois prochaine, où mon âme ira se damner  »

    (variation d’un lundi matin blême autour d’un état-dame qui se languit de Monsieur)

    [Reply]

  21. X-Addict dit :

    @Gicerilla:
    Ohhhhh oui faites moi des compliments ! Imaginez combien ils me font du bien venant de vous ;)

    @Oxanne:
    Je ne parlais pas de club même si cela aurait pu … je causais de notre chambre ;)

    @Wayd:
    Content de t’avoir touché cher ami :)

    @Bern:
    La pensée domine parfois trop, mais j’aspire encore a d’autres futurs ! Merci de ton passage l’ami.

    @Foldenvy:
    Merci !!!! Biz

    @97:
    Vous voila aussi toute prise par le spleen ! Arggg soyez patiente !

    [Reply]

  22. Succuba dit :

    je suis sous le charme, de vos mots, de ce qui y est décrit… sublime.

    [Reply]

Confessionnal

XHTML : Les balises suivantes sont autorisées : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Épier les confessions des autres en gardant un silence coupable